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Commentaires sur la conférence du 12 octobre 2016

Annexe au courrier envoyé à M. Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève, le 9 mai 2017

Copies à MM. Yadh Ben Achour, François Dermange, François Longchamp

 

À propos de la conférence de M. Yadh Ben Achour L’Islam en Europe : dialogue, cohabitation et citoyenneté

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Partie I        Conférencier principal : le souci de réhabiliter l’islam

 M. Ben Achour a certainement eu une influence bénéfique sur la Constitution tunisienne, et à cet égard son rôle est à saluer sans réserve. Mais ses propositions pour l’Europe nous semblent inadéquates, voire dangereuses.

 M. Ben Achour reconnait les difficultés d’intégration des populations musulmanes en Europe et l’emprise excessive qu’a l’islam sur elles. Empreint des valeurs de l’humanisme occidental, il souhaite que l’islam change, qu’il accepte l’autonomie personnelle, la sécularisation, la supériorité des lois humaines, etc.

Mais pour obtenir ces changements, il importe pour lui de valoriser l’islam, de le dédouaner du terrorisme, d’exagérer ses apports à l'humanité tout en minimisant ceux de l'Occident : « Jusqu’au 14e-15e s l’Europe médiévale se voit culturellement dominée par la civilisation islamique ou arabo-islamique » ; « La barbarie est le fait de toutes les civilisations »; « L’élément explicatif essentiel ne doit pas être recherché dans la religion elle-même ».

 M. Ben Achour va jusqu’à cibler un soi-disant extrémisme occidental et considère que la défense contre l’agression musulmane – dans l’histoire – et le rejet de l’islam – aujourd’hui – constituent respectivement un repli sur soi et un racisme. 

Cette vision est insultante pour les citoyens européens. Elle fait partie de cette conviction que le dénigrement des démocraties et de leurs citoyens est indispensable pour que les musulmans se sentent reconnus. De cette manière l’orateur, bien malgré lui, renforce le rejet de l’Occident par ces minorités et alimente la révolte des Occidentaux critiques qui se sentent à raison injustement traités.

 M. Ben Achour fait de la lutte contre l’islamophobie une priorité : «Il faut maintenir la lutte ancestrale de l’Europe contre toutes les formes de nationalisme qui débouchent sur la haine de l’Autre et en particulier sur l’islamophobie» ; il qualifie les mouvements populaires de rejet de l’islam de « racistes ». 

 L’utilisation du mot islamophobie par un intellectuel d’un tel niveau est étonnante. Elle contredit tous les musulmans et musulmanes lucides et humanistes. Tous, comme nous, considèrent que ce mot a pour seule fonction d’interdire le débat sur l’islam et qu’il est utilisé comme un extraodinaire moyen de limiter la liberté d’expression.

 S’approprier ce concept, c’est légitimer la violence de la frange musulmane radicale et justifier implicitement les menaces proférées à l’encontre des critiques de l’islam (surtout musulmans) qui doivent être protégés nuit et jour. C’est renforcer ces croyants dans leur difficulté à poser un œil critique sur leur religion, leur histoire, leurs comportements… ce que l’Occident fait à profusion pour lui-même. C’est encourager les musulmans à ne jamais tenter d’expliquer le lien entre violence, terrorisme et islam, ce qui est pourtant le moins qu’on puisse leur réclamer à notre époque.


Parler d’islamophobie ou de racisme, c’est faire l’amalgame entre le rejet d’un système politico-religieux et de ses prosélytes, et la haine d’êtres humains pour ce qu’ils sont.

Les discours critiques sur l'islam que cite le conférencier, celui de Benoît XVI à Ratisbonne, les ouvrages d’Oriana Fallaci, Bruce Bawer ou Thilo Sarrazin ne sont pas comme il l’exprime des fautes occidentales auxquelles les éruptions de violence musulmane répondent logiquement. Ce sont des écrits qui font partie du débat sur l’islam et devraient être considérés comme tels.

 Yadh Ben Achour défend la présence et l’expansion de la « burqa » (le niqab en réalité) dans les pays occidentaux. « Ce ne sont pas quelques dizaines ou centaines de burqas ou de burkinis qui vont changer les configurations sociologiques d’une société. »  «Il revient à l’Europe de reconnaitre les pratiques d’un certain islam, même si elles ne correspondent pas au goût ou à l’esthétique traditionnels des pays européens. » Il nous parait très étonnant qu’il veuille faire accepter le niqab aux pays européens alors que ses amis progressistes tentent désespérément d’empêcher son extension en Tunisie. Comment se fait-il que les progressistes le considèrent là-bas comme un signe de fondamentalisme alors que M. Ben Achour le qualifie ici de signe « esthétique » ? 

 Plus grave : la doctrine musulmane est claire sur la signification de la couverture du corps féminin. Foulards, voiles, burqas, burkinis ont la même fonction : empêcher les femmes de tenter les hommes et donc déresponsabiliser ces derniers.

 Le spécialiste affirme que « l’islam des Lumières existe ». Or, mis à part des intellectuels musulmans qui le souhaitent et le défendent, il faut bien constater que ni les pays musulmans, ni les communautés établies en Europe (qui propagent un islam orthodoxe) ne le désirent ni ne le pratiquent.

Les Lumières sont une spécificité occidentale : aucun mouvement musulman d’importance n’a réinterprété les textes de l’islam ni fait évoluer sa pratique à l’aune des droits de l’homme et des valeurs humanistes.

 « L’islam doit s’intégrer dans la personnalité européenne». S’il s’agit de l’islam orthodoxe, de l’affirmation que le Coran est la parole de Dieu et Mahomet infaillible, l’Europe doit au contraire le refuser. Or, ces remises en question du statut des textes ne sont JAMAIS faites par les représentants des musulmans.

 Pour M. Ben Achour, l’antagonisme entre islam et Occident serait un phénomène largement créé par les médias: « antagonisme culturel tracé à l’avance, que les médias manipulent au gré des craintes réelles ou des peurs inventées» ; « L’islam a été en guerre très souvent contre l’Europe. Mais l’exploitation de cette réalité historique incontestable à des fins idéologiques est contestable et dangereuse » . 

 « L’excès de réalisme est aussi préjudiciable que l’excès d’idéalisme ». Nous pensons au contraire que la capacité à voir la réalité est à la base de toute réflexion politique constructive pour trouver des solutions aux problèmes bien réels posés en l’occurrence par l'islam.

L’« ignorance de ce qu’est l’islam », souvent avancée par les personnes qui souhaitent le promouvoir, fait partie de ses arguments. Les Européens seraient réticents à accepter les valeurs et modes de vie islamiques parce qu’ils les connaitraient mal. Nous constatons au contraire qu’ils sont très nombreux à prendre la peine d’étudier cette religion afin de tenter de se faire une opinion. Si des populations sont curieuses, voire attirées par la culture de l'autre, ce sont bien les Occidentaux. L’inverse est rare. Là encore, cette critique est injuste.

 D’autre part, l’Etat mais aussi tous les acteurs publics devraient selon M. Ben Achour intervenir massivement sur les plans culturel, politique et pédagogique pour aider l’islam à s’intégrer dans les sociétés d’accueil : « intervention conjuguée et coordonnée des ONG, universités, autorités locales, régionales, Eglises, autorités islamiques,… » dans un « immense champ d’action politique ». Si des moyens aussi énormes sont nécessaires, n’est-ce pas justement à cause des réticences musulmanes à se fondre dans un système séculier, égalitaire, et porteur de libertés ? Ce programme ne tendra-t-il pas plutôt, en fin de compte, à réhabiliter l’image de l’islam ?

 Le conférencier est pour une « laïcité raisonnée adaptée au contexte de l’Europe actuelle qui n’est plus celle de 1905». Il estime que l’Etat doit avoir un rôle actif dans l’organisation de la religion, notamment subventionner les associations musulmanes. « Il faut que l’Etat puis toute la société civile (musulmans et non-musulmans) contribue au financement de l’exercice des cultes ». Cette vision est parfaitement opposée à la laïcité que défend par ailleurs le professeur.

 Pour lui, « la citoyenneté doit reconnaitre la liberté et le droit de la religion, de la croyance et du culte dans leurs manifestations légitimes». Quelles sont les manifestations légitimes et celles qui ne le sont pas ? Le spécialiste se garde d’entrer en matière.

 M. Ben Achour cite finalement l’historien Jacques Le Goff : il s’agit de « faire passer le musulman de la situation d’Autre à celle de concitoyen à part entière». Aucune autre société hors les démocraties n’ont si bien accueilli d’autres cultures, ne les ont tant reconnues, n’ont autant investi pour leur faire bénéficier de droits universels. Pourquoi cette ouverture est-elle si contestée par une frange importante de musulmans ?

 

Partie II - Intervenants politiques et universitaires : la tentation de l’autoflagellation

 M. Flückiger, vous vous référez à un « héritage religieux, culturel, intellectuel commun » à l’islam et à l’Occident. Or, la contribution musulmane à cet héritage a été minime. Le monde musulman a beaucoup plus emprunté aux autres civilisations qu’il ne leur a apporté.

Vous regrettez la « stigmatisation de l’islam » (alors qu'une idéologie ne peut pas être stigmatisée) et la « tentation d'assimiler islam et violence ». Tant que les religieux ne nous expliqueront pas pourquoi l’islam produit tant de haine et de criminels, il est logique de mettre en cause cette religion.

 M. Longchamp, président du Conseil d’Etat, mentionne la « laïcité toute radicale» du canton de Genève et nie le rôle des valeurs chrétiennes dans l’avènement des droits de l’homme. Il dénigre ainsi deux valeurs fondatrices de l’Europe, le christianisme et laïcité.

 Il cite des exemples de terrorisme européen bien limités (Bande à Baader, Corse etc.) comme pour les mettre en balance avec le terrorisme islamique. Cette manière de sous-entendre « nous avons été détestables, pourquoi leur reprocher de l’être ? » est choquante. Nous l’avons été, nous ne le sommes plus.

La réalité contredit deux autres de ses déclarations. En effet, ce ne sont pas « les Suisses qui ont ‘inventé’ les guerres de religions », et « la première victime du terrorisme d’aujourd’hui » n’est pas « l’islam d’Europe ».

Enfin, M. Longchamp ne semble pas réaliser que c’est grâce aux valeurs européennes diamétralement opposées à celles de l’islam que, « en ces temps troublés dans de nombreux pays musulmans, des millions de musulmans connaissent la paix en Europe ».

 M. Dermange déclare qu’« il est bon, ici, d'entendre un musulman nous parler des Lumières». Sous-entend-il que les populations occidentales, en se méfiant de l'islam, trahiraient cet héritage ? Qu’il soit permis de rappeler que c’est au contact de la civilisation occidentale que la Tunisie a pu intégrer des aspects de ce mouvement émancipateur.

Vous-même, M. Flückiger, ainsi que MM. Longchamp et Dermange, pensez sans doute, en ménageant les susceptibilités musulmanes, désamorcer des conflits pressentis inévitables entre islam et Occident. L’intention est louable, mais la méthode dangereuse. Le savoir-vivre d’inspiration chrétienne veut que l’on s’autocritique tout en sachant que son interlocuteur fera de même. Cette recherche implicite d’un équilibre entre les deux parties n’existe pas dans l’islam. Par l’autoflagellation et l’humilité, les autorités européennes ne s’attireront que le mépris des communautés musulmanes.

En résumé, le raisonnement qui sous-tend tout l’événement du 12 octobre 2016 est le suivant :

  • Si l’islam pose problème, c’est parce que les sociétés d’accueil ne montrent pas assez d’ouverture
  • Cette ouverture est une condition nécessaire à une métamorphose de l’islam en une religion humaniste et pacifique
  • Tous les efforts des pouvoirs publics doivent donc se concentrer sur une acceptation des mœurs islamiques par les sociétés d’accueil.

Ce programme nous semble très problématique dans la mesure où l’acceptation n’est pas donnée en connaissance de cause. Répétons-le : seule la réalité peut servir de base à toute réflexion. Ce n’est pas en changeant la perception des Européens et d’une partie des musulmans que l’on changera la nature de l’islam et l’ambition de ses nombreux militants de transformer la société. Oui, « notre siècle a besoin de savoir et non de croire », oui, « l’ignorance est mauvaise conseillère ». C’est pourquoi nous demandons à l’Université de remplir sa mission de transmission de connaissances pour « éveiller les consciences et les esprits ». L’histoire montre que seule la critique sans complaisance peut faire évoluer la religion. Tous, musulmans comme non-musulmans, y gagneraient.

 

M. Flückiger a envoyé un mot de remerciement pour cette analyse disant qu'elle alimentera certainement les réflexions qui sont menées sur le sujet.

Action accomplie

Berne: premier round réussi contre la burqa

Le 15 septembre était jour de fête pour les défenseurs de la dignité des femmes. Le comité d’initiative et des militants qui ont récolté de nombreuses signatures ont remis à la chancellerie fédérale les cartons contenant 106'000 signatures validées. Quelque 20% ont été écartées, principalement des doubles signatures.

La Suisse romande n’a pas brillé avec 10 000 paraphes, mais elle a participé, comme la Suisse en général, au rush impressionnant des dix derniers jours. L'ASVI en a fourni 3300, récoltés dans une vingtaine de villes romandes. 

Prochaine étape de l’interdiction de dissimulation du visage: la campagne de votation. Ce sera selon toutes probabilités pour 2019.

Photos ci-dessous

Action en cours

Signez la pétition "pour des colloques critiques envers l'islam et ses activistes"!

Unterschreiben Sie die Petition "für kritische Veranstaltungen gegenüber dem Islam und seinen Aktivisten"!

Firmare la petizione "per dei colloqui critici verso l'islam ei suoi attivisti"!

L’Association suisse vigilance islam (ASVI) et les signataires de cette pétition réclament au Centre suisse islam et société (CSIS) et à la Commission fédérale contre le racisme (CFR) d’organiser des colloques et séminaires qui traitent de leurs préoccupations et pas seulement des plaintes et préoccupations des pratiquants musulmans.

(...)

Au vu de ce qui précède, nous demandons instamment aux destinataires de cette pétition qu’ils organisent des journées de débats sur, par exemple, l’un ou l’autre des thèmes suivants:

1.     Pourquoi les pratiques revendiquées par les prosélytes musulmans posent-elles problème à de nombreux citoyens de Suisse non-musulmans?
2.     Quels défis rencontrent les services publics (écoles, hôpitaux, administration) et les entreprises face aux revendications musulmanes ? 
3.     Contenus de Coran et des hadiths: comment les imams abordent-ils le statut des femmes, la condamnation des autres religions, l’esclavage, l’apostasie, les châtiments corporels ?

 Pour signer, c'est ICI.

Merci de ne signer que si vous résidez en Suisse.

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vidéo: livre "le radicalisme dans les mosquées suisses"

Islamisation, djihad culturel et concessions sans fin

Fribourg, Bâle , Berne, Lucerne, Genève... école, hôpital, piscine, cimetière, prison... Pourquoi et comment les fondamentalistes influencent-ils les institutions suisses? Quelle est la différence entre djihad culturel et islamisation?

Mireille Vallette interviewée sur son dernier livre paru aux éditions Xénia (avril 2017) - disponible chez Payot, Fnac (Suisse et France), Amazon et dans toutes les librairies.

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